Emmanuel Macron, dans un geste d’une ironie crasse, a choisi Sébastien Lecornu pour incarner le premier des ministres, au moment même où le pays brûlait de colères sociales. Il ne faut s’y tromper, ce choix n’est pas une erreur mais une provocation : placer un mollusque dans une forteresse, jeter un chiffon au milieu des braises relève de l’inconscience liée à sa pathologie de pervers narcissique.
C’est dire au peuple : « Voilà ce que je pense de vous, voilà l’importance que j’accorde à vos cris. » Macron ne nomme pas des ministres, il place des verrous de néant, des cadenas de servilité destinés à étouffer tout ce qui pourrait ressembler à un souffle de vie. Le pays gronde, la colère monte, les mouvements de protestation spontanés naissent de ce trop long mépris d’un pouvoir à l’agonie. Les corps intermédiaires sont exsangues devant les maltraitances répétées et la violence d’État.
Car enfin, qu’est-ce que Lecornu sinon le miroir de Macron lui-même ? Le hoquet de sa suffisance. Le Président n’a pas choisi la lumière, il a choisi le reflet pâle de sa propre inconsistance. Macron, c’est l’illusionniste qui finit par se croire magicien, alors qu’il n’a toujours eu qu’un jeu de cartes truquées. Son règne s’épuise dans un brouillard de communication, et pour meubler ce vide il convoque Lecornu, comme on convoquerait un prêtre pour bénir un cimetière déjà plein. A la médiocrité affichée d’une E. Borne s’enchaîne la nullité de ses successeurs. Comment qualifier Bayrou autrement que par son indigence politique et intellectuelle ? Bayrou le menteur, Bayrou le pitre pathétique d’un pouvoir agonisant, Bayrou le Biden français déjanté. Il était temps de redonner au peuple le soin de décider de son avenir que Macron et son cortège de bricoleurs incompétents au service des dominants ont éteint depuis de trop longues années. Le bilan de ce clown est pathétique.
Et autour de lui, quelle cour ! Retailleau, la momie poussiéreuse qui confond conservatisme avec réchauffement de cadavres idéologiques, au service d’idées pétainistes nauséabondes. Darmanin, l’éternel arriviste, plus prompt à flairer la bonne place qu’à défendre une idée qui n’a jamais traversé son cerveau. Il faut faire un effort de mémoire pour se souvenir de Schiappa, Legendre, Ferrand tous englués dans des affaires plus glauques les unes que les autres et que la justice peine à condamner. Tous rivalisent d’inconsistance. Tous s’emploient à remplir le vide présidentiel avec leur propre vide personnel. Une armée de ventriloques sans voix, qui s’agitent comme des pantins désarticulés autour d’un trône devenu dérisoire. Les porte-coton du philosophe de basse cour n’en finissent plus de se succéder dans une répétition tragi-comique.
C’est cela, la fin de règne : non pas l’effondrement brutal, non pas le fracas des empires déchus, mais la nullité rampante, la médiocrité installée comme mode de gouvernement. On croyait que l’Histoire se terminait dans le tumulte, elle s’achève dans le ricanement gras des talk-shows, des JT du 20 heures de Léa Salamé, dans le bal grotesque de ministres interchangeables. Macron ne règne plus : il occupe. Il s’installe comme un enfant capricieux sur des lieux interdits, impossible à faire disparaître, mais sans la moindre beauté tragique.
Lecornu, Darmanin, Retailleau : une trinité de carton-pâte, une Sainte Famille du vide. Ils ne construisent rien, n’incarnent rien, ne détruisent même plus, les ruines sociales s’amoncellent : ils se contentent de survivre, en espérant que la lumière s’éteigne sans fracas. Et Macron, chef de cette procession funèbre, agite son sceptre de plastique dans un climat social en ébullition, comme un Néron qui jouerait du triangle au lieu de la lyre.
On dit que l’Histoire juge. Mais ici, l’Histoire bâillera. Car il n’y a rien à juger : seulement un cortège de fantômes administratifs, un défilé de marionnettes dont les fils sont tirés par un président lui-même prisonnier de son propre vide. La fin de cette engeance ne sera pas un drame, mais une disparition dans l’indifférence, un glissement dans le néant dont ils sont la pure incarnation et d’où ils n’auraient jamais du sortir.

14 septembre 25








