Ici repose l’information. Elle est morte un soir de septembre, au 20 heures de France 2, assassinée par overdose de servilité. Le cadavre est encore tiède, maquillé par Léa Salamé, thanatopractrice en chef du pouvoir. Son sourire, sommet de sa compétence, est supposé augmenter les audiences, comme un exhibitionniste montrant son cul est supposé faire rougir les tomates. Comme une lumière de néon dans une morgue, ça brille mais ça n’éclaire rien, en tout cas pas l’analyse de l’information qu’elle est supposée délivrer. Trop occupée à parfaire son unique compétence de sourire de marionnette, elle en oublie la raison de sa présence devant la caméra.
On appelle cela « présenter le journal ». En vérité, c’est présider une veillée funèbre. Chaque sujet est une gerbe de fleurs fanées déposée sur le cercueil de l’esprit critique. Les grèves ? Réduites à une note de service. Les violences policières ? Dissoutes comme des preuves compromettantes dans un bain d’acide. Les colères populaires ? Jetées à la fosse commune de l’oubli. C’est avec cette componction servile qu’elle interroge les acteurs politiques du pouvoir. Ses interviews fleurent bon le néant de sa compétence. Ses analyses se réduisent à un encéphalogramme chaotique en dessous d’un phénomène stationnaire.
Pendant ce temps, les téléspectateurs, eux, assistent à la cérémonie, hypnotisés. On leur dit que c’est de l’information, mais ce n’est qu’un rituel funéraire où l’État enterre ses casseroles.
Car enfin, que fait Léa Salamé ? Elle officie. Elle récite. Elle bénit. Elle transforme l’actualité en évangile d’État, lu d’une voix calme, presque apaisante, comme si l’effondrement du monde n’était qu’une publicité pour somnifères. Elle assène une soupe de Lexomil dans l’ambiance feutrée d’une chambre funéraire de l’information et de l’intelligence.
On parle de « naufrage éditorial ». C’est flatteur. Un naufrage, c’est dramatique, c’est épique. Ici, ce n’est pas un naufrage : c’est une euthanasie programmée. On n’a pas heurté un iceberg, on a tiré sur le navire à bout portant, en plein jour, et Léa Salamé a brisé la bouteille de champagne pour fêter l’événement.
Ainsi s’éteint le 20 heures de France 2 : non pas dans le fracas des vagues, mais dans le silence feutré des studios. La télévision publique, ce n’est plus une vigie pour les citoyens. C’est une morgue climatisée où l’on conserve les vérités mortes, polies, aseptisées, jusqu’à ce qu’elles sentent bon.
On pourrait parler de sa production littéraire. Ce serait donner raison à ceux qui la comparent à un écocide. Comment a-t-on pu sacrifier des arbres pour publier de telles conneries ? Avec Marlène Schiappa (qui se souvient de Marlèèèène ?) on touche à l’indigence littéraire proche du vide sidéral.
Léa, on peut vous apprécier, surtout quand vous vous taisez et qu’on ne vous voit pas.
Le 12 septembre 25








