Chronique d’un pouvoir en putréfaction

Ils avaient promis la stabilité, ils ont offert la farce. Ils avaient promis le changement de méthode, on assiste à la répétition ratée d’un numéro de clowns en coulisse.

 

Le “gouvernement Lecornu” : quinze heures d’existence, record absolu de la Ve République. Quinze heures de cacophonie, d’improvisation, de ruines recyclées, avant l’effondrement. Quinze heures pour prouver ce que tout le monde savait déjà : le macronisme n’est plus un mouvement politique, c’est un spasme administratif, un cadavre préfaçant une putréfaction nidoreuse.

 

On se souviendra de Lecornu, petit spectre balzacien arrogant tançant son prédécesseur Bayrou le lémurien sur la nécessité de « changer de méthode ». Bravo les artistes ! Le ridicule ne tue pas, si tel avait été le cas on aurait assisté à une hécatombe.

 

Emmanuel Macron, metteur en scène de ce théâtre d’ombres, croyait pouvoir rejouer la pièce du “renouveau” avec les mêmes figurants fatigués. Il aura accouché d’un gag national. Lecornu, loyal jusqu’à la caricature, a accepté le rôle du fusible -un Premier ministre de papier, nommé pour masquer l’agonie d’un système qui ne tient plus debout.

 

Et voilà la France, encore une fois, transformée en laboratoire du ridicule. On a vu des ministres prêter serment le matin, avant d’apprendre le soir que leur navire avait sombré. Les passations de pouvoir ont eu lieu sur un radeau : les photographes immortalisant des sourires crispés, comme des survivants qui posent avant le naufrage, un remake grotesque du « Radeau de la Méduse » .

 

Depuis huit ans, la “start-up nation” s’est muée en parodie de machine à produire des conneries. Certes, ils parlent, beaucoup et surtout beaucoup trop. Ils sont ivres d’eux-mêmes jusqu’à l’ébriété avancée voire le coma éthylique. On repeint les façades, on change les noms sur les plaques, on annonce des “capitaines de réforme” -mais la cale est pleine d’eau et l’équipage se bat pour les canots.

 

Macron n’est plus qu’un président par défaut, encerclé par ses propres renoncements. Son pouvoir repose sur une illusion de compétence entretenue à coups de mots creux : “transformation”, “audace”, “cap”, “modernité”… C’est curieux d’ailleurs de constater comment les discours de ce pitre ressemble à celui du Médef. Derrière, le réel : un pays qui décroche, une majorité introuvable, une jeunesse qui n’écoute plus, et une colère qui monte en silence. Les soubresauts d’une population fatiguée à qui on inflige un ex président voyou condamné à la prison, une éditocratie caricaturale de servilité avec une Léa Salamé, un patronat décomplexé, un paysage politique comme décor d’une dystopie, gronde de colère. Qui mettra le feu aux poudres ?

 

Le gouvernement Lecornu n’est pas une erreur de casting. C’est le produit chimiquement pur du macronisme : loyalisme servile, absence de vision, recyclage permanent. Le résultat, c’est cette bouillie politique qui s’effondre sur elle-même dès qu’elle quitte le prompteur.

 

À l’Elysée, on continue de jurer que tout est sous contrôle. Mais les murs tremblent, les chiottes débordent. Le président s’accroche à sa verticalité comme un funambule sans fil. Son entourage fuit, ses alliés calculent, son peuple le regarde avec ce mélange de lassitude et de dérision qu’on réserve aux vieux rois qui ne veulent pas descendre du trône. Ubu soliloque et le peuple détourne le regard.

 

A force de gouverner contre le réel, le macronisme a fini par devenir une simple mécanique de survie politique : un pouvoir qui ne sert plus qu’à se maintenir.

 

Le gouvernement Lecornu aura été la caricature finale d’un système à bout de souffle. Quinze heures de vie : le temps d’un sursaut, d’un spasme, d’un rire jaune. Quinze heures pour résumer huit années d’improvisation, de communication, de gouvernance en mode PowerPoint.

 

Le reste n’est plus qu’une question de calendrier.

 

Le château craque, le vernis s’écaille, les courtisans se dispersent. Le macronisme n’a plus de corps, plus de voix, plus d’âme.

 

Seulement une ombre -celle d’un pouvoir qui continue de parler à un pays qui, désormais, ne l’écoute plus.

Gouvernement Lecornu en macronie

8 octobre 2025