Perle macronesque 22

« Le nucléaire est une énergie sécurisée, bon marché et décarbonée. Arrêter le nucléaire n’est pas un choix d’avenir. Ce n’est pas conforme à nos objectifs en matière de réduction des émissions de CO2. »

« On aura besoin de construire de nouvelles centrales nucléaires en France. […] Non seulement on va entretenir le parc nucléaire français, mais on va aussi le reconstruire et redéployer l’EPR. » Et de conclure que « le nucléaire, c’est le rêve prométhéen ! » (E. Macron)

 

Qui peut ainsi oser, M. Macron, associer le qualificatif « sécurisé » au terme « nucléaire » ? Face à une telle impudence, nous ne savons par quoi débuter ? Peut-être par ce qui vous ébranlera le moins : rappeler que l’uranium, dont l’extraction a lieu dans les pays du tiers-monde, est source principale de pollution et que, par conséquent, les travailleurs de ce domaine interviennent au détriment de leur santé. Mais c’est très éloigné de la France, géographiquement… On ne va pas énumérer, ici, tous les « incidents » qu’ont connu les centrales atomiques françaises, ce serait pléthorique ! Ne serait-ce que les catastrophes nucléaires vécues (Maïak Russie, Windscale –ville rebaptisée depuis Sellafield, Angleterre-, St Laurent des Eaux, Three Mile Island Pennsylvanie, Tchernobyl et Fukushima) ne peuvent que démontrer combien l’exploitation de l’énergie nucléaire est un danger pour l’homme et l’environnement. Mais vous n’êtes pas le seul, M. Macron, à le minimiser, car que dire du programme franco-européen Ethos, mis en place pour les pays contaminés actuels et futurs ? Déjà, selon vous, son existence doit être sans objet… Donc, la trouvaille de Ethos : « Il existe un entre-deux à la contamination, où l’exposition au rayonnement ne serait dangereuse qu’en principe, mais s’avérerait inoffensive dans la vie réelle » invite les populations à vivre sur les territoires contaminés ! Par ce choix de laisser exposés les résidents concernés aux terribles dégâts sanitaires (c’est dire restreindre les évacuations et les mesures de protection), les pronucléaires préfèrent des hôpitaux emplis de malades plutôt que de rendre inhabitées des terres inhabitables ! N’est-ce pas là un (autre) crime ? L’objectif officiel a été d’étudier ainsi les moyens d’aider la population à rester sur un territoire contaminé par la radioactivité. L’objectif réel est de prétendre que l’on peut y vivre ! Nous précisons que ces campagnes sont soutenues par des « experts » français (Jacques Lochard et Gilles Hériard-Dubreuil) et internationaux, au service d’organismes responsables de la sécurité du nucléaire.

Mais avant l’accommodation à la vie en zones contaminées par la radioactivité, notons que le Code de la santé publique a revu à la hausse la dose limite recommandée du rayonnement (une petite dose s’accumulant durant des mois devient rapidement fatale. Un seuil de 1 mSv/h (milliSievert) jugé critique est tout à fait tolérable durant quelques heures ; il correspond à une dose annuelle d’environ 9 Sv par individu, une dose qui dépasse largement le seuil de tolérance de nos tissus).

En France, la réglementation fixe les limites annuelles de radiation à 50 mSv pour les travailleurs et à 5 mSv pour la population. L’inégalité est déjà injustifiée mais n’est-il pas dramatique que cette réglementation ne respecte pas les recommandations de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR) ?

Sécurité, disiez-vous M. Macron ? Les petites doses de radioactivité absorbées par les travailleurs des réacteurs causent la leucémie (avec décès prématuré), indique une étude scientifique. Nous pouvons sans doute vous accorder des circonstances atténuantes, car les conséquences du nucléaire sur la santé n’étaient pas réellement identifiées pour deux raisons : les lésions dues à de petites doses peuvent n’apparaître que des années après l’irradiation ; la seconde justification est un acte volontaire puisque certains groupes ont trouvé intérêt à conclure un engagement avec l’OMS (l’Organisation Mondiale de la Santé) afin qu’elle délègue toute question de santé liée au nucléaire à l’AIEA (l’Agence Internationale pour l’Énergie Atomique). Est-ce problématique ? Sachant que cette agence soutient le nucléaire civil sans se soucier des répercussions sur la santé des employés et du voisinage des centrales, nous répondrons par l’affirmative.

Vous êtes semblable à ces intervenants qui nient la réalité d’une contamination implacable, fatale, M. Macron. Nous peuple français, ne nourrissons aucune illusion : il en sera ainsi également pour nous, après la catastrophe nucléaire qui sévira. Il sera prévu de n’évacuer qu’un minimum d’habitants (rester est sans risques, on le sait grâce à Ethos !) ; la norme de dose de radiation sans risques sera modifiée : de 1 mSv/an elle passera à 20 mSv/an, et si on réside à proximité du lieu du désastre le danger n’existera pas à 100mSv/an… La contamination des aliments ? Elle sera décuplée dans tous les pays européens afin que les échanges et les exportations n’en subissent aucune conséquence… Les maladies mortelles et les nombreux handicaps qui se développeront postérieurement n’importent pas.

Vous iriez jusqu’à réfuter que les effets de l’atome peuvent être cauchemardesques, inexorables, atroces, M. Macron ?

Le nucléaire est une énergie sécurisée, affirmez-vous M. Macron. Tout affublé de votre costume de nucléocrate, avec votre érudition et le prestige que certains vous accordent, vous ne pouvez ignorer ces affirmations de scientifiques avertis et y rétorquer un « Peu m’en chaut » (Veuillez tolérer le nombre important de lignes qui suit : le sens des mots, leur réalité et leur impact importent) :

– « Klaus Traube, expert nucléaire et ancien directeur du service des réacteurs nucléaires de l’IACE chez General Dynamics à San Diego et, en dernier, Directeur gérant d’Interatome, filiale de Kraftwerk-Union, constate : « L’analyse de nombreux évènements nucléaires graves montre que ceux-ci comme à Harrisburg, comme d’ailleurs aussi à Tchernobyl, sont provoqués par une accumulation inattendue d’incidents techniques et d’erreurs d’exploitation qui, considérés séparément, apparaissent comme ordinaires. C’est aussi ce qui ressort des coûteuses études de risque analysant les possibilités et les probabilités de défaillance des réacteurs nucléaires. Ces études confirment que chaque réacteur peut être le siège d’accidents conduisant à la fusion du cœur et à des rejets catastrophiques de radioactivité. Ce n’est pas ce point qui est contesté par les spécialistes. Il y a seulement discussion sur le taux de probabilité de ces accidents. Il n’est pas non plus contesté qu’un acte terroriste, tel que celui, par exemple et parmi bien d’autres, de la chute dirigée d’un gros avion de ligne puisse déclencher une catastrophe dans un réacteur. Ici encore, on ne peut que polémiquer sur le taux de probabilité. »

– Phrase prononcée en mars 2011 au Parlement par André-Claude Lacoste, président de l’Autorité française de Sûreté Nucléaire (ASN) jusqu’en 2012 : « Je l’ai toujours dit : personne ne peut garantir qu’il n’y aura jamais un accident grave en France. ».

– Dans un entretien publié le 3 mars 2016 par le journal Libération, à la question « In fine, la question n’est-elle pas SI, mais QUAND il y aura un accident majeur en Europe ? », le président de l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN), Pierre-Franck Chevet, a répondu : « Oui, il y en aura. Il faut imaginer qu’un accident de type Fukushima puisse survenir en Europe. Je ne sais pas donner la probabilité et on fait un maximum pour éviter que ça arrive, mais malgré tout, on pose le principe que ça peut arriver ».

L’exploitation du nucléaire ne sera jamais infaillible ni rassurante, M. Macron, car l’électronucléaire est une énergie que l’homme ne peut maîtriser strictement, et l’instabilité de cette entreprise est prouvée. Une précision en sus : les compagnies d’assurances ne prennent pas le risque d’assurer nos centrales…

Ah mais le sujet est si vaste que nous allions omettre une composante néanmoins cruciale : l’industrie nucléaire génère une masse de déchets radioactifs, dont une immense quantité sera encore active –entendre dangereuse- dans des centaines de milliers d’années. Mais il est vrai que votre nom est associé à… comment formuler ? Une idée ? Un projet ? Le terme « solution » ne nous convient pas pour désigner l’amendement ajouté à la loi Macron (adoptée grâce au 49.3 en juillet 2016), connu sous le nom de Cigéo -Centre Industriel de stockage Géologique de déchets radioactifs, à Bure, dans la Meuse. Oui, il s’agit de l’enfouissement programmé des déchets nucléaires les plus nocifs. On ne s’attardera pas, ici, sur l’irresponsabilité de léguer à des centaines de générations la gestion de déchets toxiques dont on n’a jamais su prévoir l’issue (vous ne vous sentez pas concerné, M. Macron, par l’idée que nos descendants, dans des milliers d’années, pourront forer le sous-sol car ils auront perdu la mémoire de ce lieu d’enfouissement, et ainsi provoquer un accident nucléaire ?).

Que certains désignent Cigéo comme « le chantier le plus long, coûteux et irresponsable du siècle » nous amène à penser à l’EPR, European Pressurized Reactor, puis Evolutionary Power Reactor (ou… Entêtement Périmé Ruineux dirons-nous). Quand vous affirmez que le nucléaire est « bon marché », vous ne prenez pas en compte ces réalisations (Bure et EPR) apparemment ? Les coûts de la première, en 2012, ont été estimés à 35.9 milliards d’euros par la Cour des comptes. Le réacteur pressurisé européen (ou… l’Erreur Persistante Ruineuse !), il suffit de s’en informer un peu pour saisir que, outre d’être un gouffre financier, une chaîne d’écarts, d’irrégularités et de fourberies, c’est une absurdité dont l’avancement nous provoque la terrible vision d’une future catastrophe nucléaire civile ! En ne considérant, comme vous, que l’aspect numéraire, un accident nucléaire coûte une fortune (200, 300, 500 milliards minimum) M. Macron…

De vous entendre (sur France 2), vous qui êtes ancien ministre de l’Économie en charge de l’industrie, affirmer posément être dans l’impossibilité de chiffrer la totalité du coût du nucléaire nous interroge sur la légitimité de vos décisions et le bien-fondé de vos affirmations (« le nucléaire est bon marché et sera notre avenir ») ! Doit-on imaginer que vous ne soyez pas davantage informé de cette réalité : désormais les énergies renouvelables, solaires et éoliennes, ont devancé le nucléaire, et sont plus compétitives d’un point de vue économique. Doit-on croire que vous ne soyez informé des politiques d’autres pays ? : l’Allemagne qui a annoncé la fermeture de son parc pour 2022, la Belgique en 2025, Taïwan et d’autres pays se sont engagés dans le même sens, telle la Suisse dont la loi interdit la construction de nouvelles centrales. On ne résiste pas, ici, à évoquer quelqu’un qui a aussi été élu en cette année 2017 pour les mêmes fonctions que vous-même, M. Macron : il s’agit de M. Moon Jae-In, en Corée du Sud. Vous ne devez pas être sans ignorer (également…) un de ses premiers gestes en tant que président qui a été se rendre sur le site du plus ancien réacteur nucléaire alors en fonctionnement pour le fermer ? Ainsi il a promulgué le non-prolongement de durée de vie au-delà de 40 ans (qui est actuellement discutée en France), et s’est engagé à une sortie sur le long terme avec un non-renouvellement de tout réacteur en Corée du Sud.

Votre fonctionnement va à l’opposé tandis que vous déclarez « On aura besoin de construire de nouvelles centrales nucléaires en France. » M. Macron. Quel est le « besoin » puisque la France a plus de capacités que ce qu’elle consomme ? Et doit-on vous rappeler l’inertie existante dans le nucléaire ? La moyenne de construction d’un réacteur est de 10 ans. Aujourd’hui, le nombre de mise en chantier est pratiquement nul, c’est-à-dire 1 réacteur dans le monde entier sur les six premiers mois 2017 (Inde). Eh oui M. Macron, il y a un véritable effondrement des programmes de constructions nucléaires. Eh oui M. Macron, l’évidence est une baisse accentuée de la part du nucléaire dans la production d’énergie. Nous avons l’impression de nous adresser à une personne encore enkystée dans les promesses du nucléaire des années 60 de devoir vous préciser que l’on est dans la phase d’extinction de cette espèce qu’étaient les centrales nucléaires (car le taux de renouvellement est très en-dessous de ce qui serait nécessaire pour remplacer les réacteurs parvenus en bout de course –pour illustrer : au maximum des constructions, le nombre de 44 par an a été atteint ; d’ainsi passer de 44 à 1, ça ne suffit pas pour renouveler l’espèce…). Peut-être êtes-vous comparable à l’EPR de Flamanville, un peu « hors-course » M. Macron : il est en construction depuis 10 ans mais toute la révolution a eu lieu durant cette période-là avec un envol impressionnant des énergies renouvelables (elles ont produit en 7 mois cinq fois plus que le record mondial de l’Allemagne il y a 5 ans).

L’objectif politique en France d’atteindre 50 % de nucléaire en 2025, plutôt que d’en repousser le délai, il faudrait investir plus rapidement dans les énergies renouvelables (notamment car l’on sait qu’en France le délai est considérable pour les installations). Il serait aussi nécessaire d’interrompre la surcapacité de production d’électricité en France, même si cela apporte un bénéfice en vendant aux pays voisins. La fin d’année 2016 a permis de constater que notre pays, malgré 23 réacteurs fermés pour maintenance, pouvait être opérationnel car 50 % de l’électricité consommée était produite par le nucléaire. Mais voilà que nous-mêmes parlons comme un Hulot ! Non, pour la réduction à 50 %, il ne s’agit pas d’un « objectif politique » mais d’une loi, car il est question de la législation en vigueur. Le souci est certainement qu’en Europe il soit question d’échanges du plus compétitif. M. Macron, vous ne pouvez nier qu’aujourd’hui, le moins cher du marché soit l’Allemagne (qui a dépassé la France en 2016 comme plus grand exportateur net d’électricité). La certitude qui devrait vous éclairer, vous le président réputé jeune, est qu’à partir de l’installation de renouvelables, le niveau coût de production est extrêmement faible, voire nul pour le solaire.

L’argumentation du nucléaire moins cher n’est plus vraie en 2017, il y a du nouveau, du solaire, moins cher que l’existant. Pourquoi le nucléaire, qui ne fonctionne qu’avec des subventions, survivrait dans ces conditions de marchés ? Le nucléaire est la seule énergie où l’on voit le coût augmenter !

À son évocation, est-il surprenant que des faits négatifs nous viennent en tête ? : imbroglio du démantèlement des réacteurs mais aussi du devenir dangereux des déchets nucléaires qui posent non seulement un problème éthique mais aussi un problème économique et financier aujourd’hui. En sus du danger on se doit désormais de parler de gros risques. Devons-nous être rassurés de savoir que, selon EDF, les problèmes de terrorisme ne sont ni de son ressort ni de ses préoccupations ? Sommes-nous rassérénés de savoir que d’après l’État, le risque n’existe pas ? Là aussi l’impasse du nucléaire est démontrée : les centrales ont été conçues dans les années 60, date à laquelle la question du terrorisme n’a pas été réfléchie. Par exemple, il suffirait qu’un avion s’abatte dans les piscines de stockage des centrales : elles ne sont pas protégées et contiennent parfois plus de radioactivité qu’un réacteur nucléaire. L’État nous dit qu’il n’y a aucun péril ? Cependant quand on conçoit l’EPR, un bunker est obligatoire sur les piscines. Euh… soit ça ne sert à rien, soit il est obligatoire d’en ajouter aux 58 autres réacteurs français. Mettre aux mêmes normes que l’EPR les 58 centrales coûterait entre 50 et 150 millions d’euros par réacteur.  Quand on multiplie par 58… on préfère affirmer qu’il n’y a pas de risque, au détriment de quels désastres humain et environnemental possible ? La mauvaise nouvelle de cette histoire est celle-ci : il n’existe pas 58 cibles (les réacteurs) mais 116 : les réacteurs et les piscines ! Et si des terroristes utilisent un avion de ligne, l’EPR ne résiste pas plus que les 116 autres cibles…

À l’époque, le changement climatique n’a pas davantage été envisagé, M. Macron. Les centrales sont construites en bord de mer car jamais il n’a été imaginé qu’il y aurait des déferlements à plus de 120 km par heure, pourtant désormais il y a des tempêtes (tous nous avons entendu parler de Erika, en 99, mais sait-on que l’on a échappé de très peu à la catastrophe, à cause du Blayais ? La tempête Martin du 27 décembre a failli plonger la France entière dans le noir). De nombreuses failles il y a, M. Macron, que vous ne prenez pas en considération. Dans les risques, préoccupons-nous aussi de l’outil EDF qui se dégrade puisqu’y sont appliquées les politiques libérales qui vous sont chères  c’est-à-dire que les maintenances ne rapportent rien donc on économise à leur niveau, on baisse les coûts, on sous-traite en cascade, on déqualifie les gens. Le personnel qui travaille dans le nucléaire, savez-vous comment il est nommé, dans le langage EDF ? Les steaks à rem (le rem étant l’unité de mesure de la contamination du risque pour la santé).

Une éolienne offshore (en mer) fonctionne sans subventions et sa production d’électricité est plus élevée. Le offshore développe beaucoup de savoir-faire qui se performent, permettant ainsi d’en diminuer le coût. Et dangers, et risques, et déchets contaminés ? Nuls. Il est clair que le nucléaire est en sursis, M. Macron.

« Le nucléaire, c’est le rêve prométhéen » affirmez-vous cependant. Nous vous interpellons : est-ce un rêve ou un cauchemar ? Nous poursuivons en considérant plutôt ce parcours nucléaire en chancre récidiviste d’État(s), avec des soi-disant responsables maîtrisant l’art de relancer le nucléaire après avoir prétendu en sortir. Une maladie non seulement douloureuse mais onéreuse pour les ressources collectives tandis que vous persistez à financer une énergie dépassée. On a vu sur le plan économique la faillite du plus grand constructeur de centrales nucléaires (l’américain Westinghouse racheté par Toshiba) ; nous avons eu des crises en France avec Areva. L’incompétence montrée par ces grands groupes est impressionnante : une entreprise à l’instar de Areva qui perd six années consécutives de l’argent et cumule plus de 10 milliards d’euros est inconcevable, comme de laisser tranquilles ses dirigeants qui n’ont connu aucun procès. Aux escroqueries s’ajoute la dénégation (encore une preuve d’incompétence) : malgré des rapports annuels qui prouvaient le contraire, on a fermé les yeux et prévu des augmentations de la consommation de l’électricité (alors que la baisse est nette) et ignoré la prise en importance des énergies renouvelables.

Là encore, il faut oser, M. Macron, déclarer à tout vent peu après l’explosion de trois réacteurs à Fukushima que « le nucléaire est une filière d’avenir ». Pour les Japonais le rêve atomique « prométhéen » du chef d’État français n’est réellement qu’un cauchemar qui atteint, en mars 2017, un coût de 626 milliards d’euros –cette somme, qui n’inclue pas les dépenses pour la dégradation de la santé des habitants de tous les départements avoisinants touchés par la contamination radioactive ni ne prévoit les futurs coûts de stockage des cœurs fondus, ne peut que croître. Alors, M. Macron, en ce qui concerne votre rêve prométhéen, peut-être aurez-vous la décence d’ôter « rêve » et serez-vous à l’unisson avec nous pour n’accorder à « prométhéen » seul le sens de « titanesque ». Prométhée étant un titan à qui Zeus infligea une horrible torture, nous songeons au travail titanesque, épouvantable, sinistre (et fatal puisque mortel) auquel sont soumis les intervenants sur l’horrible désastre Fukushima. Mais censé être féru de philosophie, vous ne devez pas ignorer l’interprétation de Hobbes : les souffrances de Prométhée symbolisent les craintes et autres douleurs qu’inspirent les inquiétudes de l’avenir à l’humanité. Pardi ! Ou encore le philosophe Hans Jonas, dans « Le principe de responsa­bilité », qui utilise le mythe de Prométhée pour illustrer les risques inconsidérés des conséquences de certains choix techniques humains, au détriment de l’équilibre écologique, social et économique de la planète. Pardi !

Pour vous suivre dans votre allusion mythologique tout en restant dans la famille de Prométhée, gardons en tête que ce titan a su tromper Jupiter qui, n’ayant eu d’autres buts que de se venger, a demandé que soit créée une femme charmeuse qui ait appris la curiosité, Pandore, possédant une jarre emplie à son insu de tous les maux et maladies possibles. Quand son indiscrétion lui fit ouvrir cette boîte tandis que Pandore avait été envoyée au frère de Prométhée, tous les tourments, imperfections et dommages se répandirent. L’espoir resta seul à l’intérieur, en unique consolation. L’expression « Ouvrir la boîte de Pandore » signifie, M. Macron, s’exposer par une initiative imprudente à de graves dangers.

La France avait un empire ; vous êtes à la tête d’une nation décadente en termes de puissance, M. Macron, où il reste peu au niveau économique et financier. Le pouvoir nucléaire s’est substitué au pouvoir colonial, un objet géostratégique permettant d’avoir un peu de poids sur la scène politique quand on en a de moins en moins. Il est question de souveraineté énergétique, en France, à propos du nucléaire (alors que tout l’uranium est importé). Le roi élu souhaite conserver ce monopole, sans considérer que cette possession nous gâche ce que l’Allemagne réussit, à savoir la transition énergétique. Et 65 millions d’humains (sans compter ceux des pays avoisinants, selon le lieu de catastrophe nucléaire) refusent de ne vivre que dans l’espoir, et vous sauraient gré, M. Macron, de fermer définitivement votre boîte de Pandore nucléaire.

Une pensée ici pour les 500 000 liquidateurs en Ukraine qui, pour limiter les dégâts nucléaires, ont sacrifié leur vie dans de terribles souffrances.

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